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Impression

Crise financière

 Cette crise n'est pas la nôtre !  (article paru dans La Tribune d'octobre 2008)


Chaque jour, les médias nous fournissent les bulletins de santé de l'économie mondiale. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle est franchement malade.
Les analystes qui veillent en permanence à son chevet peuvent un jour annoncer fièrement "un rebond sur les places financières mondiales" et le lendemain, désabusés, constater que cette embellie n'était que de courte durée et que "la plupart des Bourses ont clôturé en recul".
Les soubresauts de la malade et le jargon incompréhensible des analystes ne doivent pas masquer le fond du problème : la crise financière pose la question de l'intervention publique dans l'économie.

L'économie virtuelle a des effets bien réels

Supposons que vous disposiez d'un million d'actions dont le cours est de 100 €, votre 'richesse' représenterait 100 millions d'euros. Mais si le cours de l'action plonge et perd 50%, votre 'richesse' diminuerait dès lors de moitié. Logique ! Mais, comme le souligne Michel Husson, "ces chiffres ne mesurent que la valeur virtuelle de (votre) patrimoine financier". En réalité, les gains (ou les pertes) ne deviennent réels qu'au moment où vous décidez de vendre vos actions pour vous offrir, par exemple, un yacht.
C'est justement cette confrontation entre le virtuel (les titres boursiers) et le réel (l'argent nécessaire pour l'achat du yacht) qui pose problème.
En effet, si l'on considère que l'économie 'réelle', c'est-à-dire la production de biens et services, croît, par exemple, au rythme de 2 ou 3% par an, les marchés boursiers exigent, pour leur part, une croissance de l'ordre de 15 à 20% par an.
Donc l'économie virtuelle 'augmente' plus vite que l'économie réelle. C'est ce que l'on appelle la 'bulle'. Lorsque se produit une crise financière, cette bulle fictive s'effondre, victime de son appétit vorace. Mais aucune richesse réelle (c.-à-d. produite par le travail) ne part en fumée.
Pour éviter la crise, les spéculateurs doivent sans cesse trouver de nouveaux débouchés d'où, notamment, leur volonté de s'attaquer à notre système de pension légale ou à notre sécurité sociale.
La débâcle actuelle a cependant une vertu pédagogique non négligeable car elle met en évidence l'incapacité des marchés à s'autoréguler.
C'est pourquoi il faut tirer parti de la crise pour jeter, dès à présent, les bases d'une nouvelle économie.

"Euthanasier le rentier"

Les sommes astronomiques dégagées par les pouvoirs publics de par le monde ne sont pas, quoi qu'en disent les experts, une solution miracle. Que du contraire, il s'agit de sauver les banques privées avec de l'argent public. Ces sommes dégagées ne pourront donc pas servir à augmenter les salaires et les allocations sociales, à créer des services publics ou à développer la sécurité sociale…
Mais, pis encore, lorsque la situation se normalisera, dans six mois, un an ou cinq ans, grâce à notre argent, qui peut être assez naïf (ou stupide) pour croire que le système financier ne retombera pas dans ses travers car, de toute façon, quoi qu'il advienne, l'argent public viendra toujours à la rescousse.
Le moment est venu de proposer des alternatives crédibles qui mettent l'économie au service de l'humanité et non l'inverse.
C'est la raison pour laquelle le Congrès de l'IRW a adopté l'idée de l’Etat social de services publics[1] qui est, à la fois, un instrument de renforcement du statut de la citoyenneté démocratique pour l’ensemble de la population, mais également un instrument de démonstration qu’une économie moderne peut être anticapitaliste.
De surcroît, le développement, par l’Etat social démocratique, des institutions de socialisation contribue à détourner une part de plus en plus importante de la richesse produite des circuits banquiers privés où se réalise l’essentiel du travail capitaliste de captation de la rente. C'est ce que l'économiste Keynes[2] appelait "l'euthanasie du rentier".
Agir en ce sens s'avère d'autant plus nécessaire qu'il est inacceptable de payer pour une crise qui n'est pas la nôtre !
 
Laurent Pirnay
Secrétaire général adjoint



[1] L’impôt direct redistributif et progressif, les services publics, la sécurité sociale et la protection sociale, le secteur économique public, le crédit et l’épargne publics, …

[2] John Maynard Keynes (1883-1946) est considéré comme une des plus importantes figures de l'économie. Pour lui, une régulation spontanée de l’économie par le mécanisme de marché n’est pas possible et, dès lors, une intervention de l'Etat est nécessaire.


Frédéric Lordon (économiste, directeur de recherches au CNRS) explique la répétition des crises.




La crise financière toujours recommencée
envoyé par attac92

Ressources diverses



"Nationalisation, régulation, contrôle", article de Michel Husson paru dans Regards (novembre 2008)

 "Crise, on n'attrape pas la lune", explication de la crise par Jean-Marie Harribey (co-président d'ATTAC) sous forme de parodie du "Petit Prince" (paru dans L'Humanité 18 octobre 2008)